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« Comment penser les œuvres des enfants ? »
CLAUDE PONTI ET L’ÉQUIPE DU MUZ
MUSÉE DES ŒUVRES DES ENFANTS
S ans les enfants, l’humanité n’existerait
pas. On dit qu’il faut un début
à tout. De même il faut des enfants à toute
culture. Métaphoriquement à la naissance de
la culture en question, mais aussi en permanence
dans son renouvellement. L’activité
essentielle des enfants est de se construire.
Apprendre, comprendre, connaître, s’inscrire
dans le monde, nouer des relations, se voir en
l’autre, par l’autre, avec l’autre… Ce sont des
activités culturelles. Productrices d’œuvres
au sens de choses faites, de traces, de reflets,
de marques, d’empreintes. On pourrait, ici,
faire le tour de nombre de démarches de l’art
contemporain.
Sauf que nous ne parlons pas d’art. Les enfants
ne se pensent pas artistes. Ils font, explorent.
Ils sont dans leur propre mise au monde par
eux-mêmes. Leur but n’est pas l’œuvre, mais
d’être en devenir dans leur présent, intégrant
passé et avenir. C’est grandir et aussi être dans
le fait culturel. La production des enfants a
des répercussions sur nous tous, adultes, pour
peu que nous nous y intéressions. C’est une
question de regard qu’on lui porte. Si nous
regardons l’œuvre d’un enfant avec la même
attention, le même besoin, que nous regardons
une œuvre d’adulte, nous voyons qu’il
se produit le même phénomène : certaines
œuvres sont bouleversantes, profondes,
émouvantes et d’autres sans intérêt.
Bien sûr la culture, la personnalité, l’expé-
rience du « regardeur » comptent. Pas au
point d’occulter la réalité de l’œuvre, ni sa
présence. Des artistes du XXe
siècle et d’autres
d’aujourd’hui ont collectionné des dessins et
peintures d’enfants. Parfois pour s’en inspirer,
parfois pour en jouir, parfois pour prouver
leur valeur. Les qualités de certaines œuvres
d’enfant ne sont plus à démontrer. Ce qui
compte, c’est de leur trouver la juste place.
Le Muz a pour ambition de montrer que
certaines œuvres d’enfants ont le même statut
que celui des œuvres d’adultes. Ce sont des
productions qui nous changent lors de notre
rencontre avec elles. Il est alors question de
choix. C’est faire injure à l’énergie créatrice
des enfants que de tout prendre sous prétexte
que tout est produit. Dans une galerie ou un
musée, les œuvres exposées sont choisies.
Selon les critères de l’époque. De même au
Muz, avec la conscience d’avoir un pied dans
la subjectivité.
L’essentiel est que les enfants sachent et
voient que des adultes, sérieux, et convaincus,
prennent en considération certaines de leurs
œuvres au même titre que certaines œuvres
d’adultes, non pas pour en déterminer une
valeur marchande ou artistique, mais pour
dire qu’elles apportent leur part à l’édifice
culturel humain. Nous sommes des êtres
culturels. Nous nous transmettons notre
essence humaine entre autres par notre expé-
rience des autres et de leurs œuvres. Pourquoi
nous priver de l’apport des enfants ? Si nous
sommes honnêtes, nous devons reconnaître
que, parfois, des œuvres d’enfants nous déstabilisent,
ou nous renversent. N’est-ce pas
ce que nous demandons à une expérience
culturelle ?
Les enfants acceptent toutes les réalités du
monde, ils s’y projettent et les interrogent dans
le même mouvement. Et disent en direct,
sans intermédiaires ni fioritures stylistiques,
ce qu’ils ont à dire. C’est d’un riche apport
pour nous. Une petite fille de sept ou huit
ans a demandé à une écrivaine : « Madame,
où est-on quand on lit ? » Belle question.
Combien d’écrivain(e)s adultissimes et
reconnus auraient aimé se la poser tout seuls ?
Ne négligeons pas ce que les enfants nous
offrent sans contrepartie. n
TRIBUNE
© Le Muz / Gill Eatherley https://ift.tt/1ghByRg

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